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Ecrire est, je l'ai déjà dit, un art difficile,
et pour réussir un petit roman qui soit tout juste supérieur à la médiocrité, j'ai
travaillé durant 10 mois, de 4heures à 23 heures et bien souvent les
idées nouvelles, sur le fond ou la forme, me réveillaient durant mes courtes
périodes de sommeil. J'y ai jeté toutes mes forces, devenant au fil des
chapitres, économe de chacun de mes mouvements pour garder l'énergie d'aller au
bout sans interruption, écrire encore une ligne, juste une ligne, un mot, une
majuscule, une virgule, une tache d'encre. Le terminer, et s'occuper de ces
satanées douleurs ensuite.
Ayant pris garde de ne pas renouveler les
erreurs commises dans le passé, j'ai travaillé avec un plan précis, page par
page, quasi paragraphe par paragraphe, me permettant de gagner du temps en
corrections. Et de ce point de vue, c'est une réussite et bien entendu un homme
aux bons poumons, s'exclamerait de toute la force de ceux-ci "yééééééééééééééééééééééééé,
j'ai terminé", mais lorsqu'on est pâle comme un œuf dur de cantine, et qu'on est attaché au poteau de torture des médecins,
on a quand même du mal à redresser la tête comme un cheval de bataille au son
du clairon, surtout lorsque vos organes vous donnent l'impression d'avoir avalé
un nid de souris, ou une boite d'allumettes mal éteintes.
Je pensais subir les premières manifestations de fatigue, plus tard, plus vieux vers la cinquantaine, la soixantaine, guère plus. Avec la vie que j'ai mené, je ne me permettais pas d'être trop exigent, et je voyais les premiers symptômes arriver dans dix à douze ans, pas avant. Et voilà, ça se fait déjà sentir, avec une bonne dizaine d'années d'avance, je suis mangé par un emphysème pulmonaire, j'ai un nodule thyroïdien, doté d'un lobe droit traversé par une scissure, tout ça n'est pas un lapsus pour dire Angine, et ce n'est pas ce que j'avais commandé pour la suite de ma vie, mais c'est ce que m'offrent les médecins. Je passe à présent la majeure partie de mon temps, à lire des ordonnances qui n'ont rien de Proustienne, mais qui ont ce petit truc en plus qui passionnent les chercheurs en hiéroglyphes.
"L'incroyable vie de la mort" est terminé, et je le regarde à la façon d'un apoplectique. Il en vaut la peine, il est beau, drôle, et bien écrit.
Publié par nolhart à 12:02:13 dans Journal | Commentaires (12) | Permaliens
Un rayon de soleil
presque de printemps plonge sur son berceau par la fenêtre de l'hôpital
parisien. Il a une petite carrure massive, une tête ronde et chauve, de petits
yeux, un petit menton, et son nez n'est encore qu'une ébauche. Le père ressent
pour son petit cet amour prenant aux entrailles des êtres.
Des jours, des semaines, peut-être plus, peut-être moins...les mois chassent les années. Dehors, il neige, c'est noël. Son père a envie de l'embrasser dans son lit, de lui caresser les joues, de passer sa main dans ses cheveux. Demain, l'enfant ouvrira ses cadeaux, son père collera les autos-collants sur le garage, et les voitures Playmobile. Il le regarde dormir, grandir, attentif à lui être utile pour écarter les géants qui le menacent en lui prenant la main, pas aussi souvent qu'il l'aurait voulu, « mais, je ne serai jamais très loin de lui », se dit le père.
La vie passe...
dehors, il pleut plus que l'année dernière, c'est déjà son huitième ou douzième
anniversaire. L'enfant veut être avocat, musicien, ou président. La vie n'est
pas toujours facile, mais chacun son rôle, « et si certains sont sur des
estrades c'est pour prononcer des discours et non pour écouter les tiens, pour
l'instant. » lui dit le père. Quand il sera président, ce sera son
tour, et il en verra bien d'autres.
Des jours, des semaines, peut-être plus, peut-être moins...les mois chassent les années. Par nécessité, le père s'est fait craindre parfois, mais arriva le moment où il aima encore mieux se faire aimer. Et pour ça, il serait mort, il aurait tué, bravé tous les dangers, tenté toutes les audaces, pour montrer les voies, éclairer les chemins.
Des jours, des semaines, dehors, il fait beau et froid, c'est de nouveau le 02 Mars. La barbe du fils commence à pousser, et ses cheveux sont longs et beaux, il semble posséder ceux que le père a perdu, rien ne change, il y en a toujours le même nombre dans la famille. L'enfant aime Sartre, et c'est vrai, c'est tout de même vrai : il a l'âge de raison. 18 ans, pas plus pas moins, c'est devenu un beau jeune homme, doté d'un bel esprit, il est aujourd'hui majeur, il semble avoir été condamné tout à coup à être grand pour le reste de sa vie, mais même si le temps de l'estime réciproque est venu, son père ressent encore et toujours, pour ce petit devenu grand, cet amour prenant aux entrailles des êtres.
Bon anniversaire, je t'aime.
Publié par nolhart à 10:35:18 dans Journal | Commentaires (11) | Permaliens
Je pensais que c'était le remède de cycliste qui me travaillait
toujours, et malgré le risque de me faire couper un bras ou une jambe, (cf
chronique du 7 février 2008 )
, je suis allé quand même consulter un médecin. Et voilà : Le
sang de veau mort né aurait causé des dégâts cardio vasculaire, alors jusqu'à plus amplement informé, le carabin m'a adjuré ceci:
- Ne pas être en contact avec un cycliste car ces
bestioles là sont souvent bien plus droguées qu'on ne le pense.
- Ne surtout pas faire d'effort.
- Arrêter de fumer.
Pour ce qui est de ne pas faire d'effort, j'ai demandé à mon ami, l'ancien garagiste de la rue de Vaugirard, d'écrire ces chroniques à ma place afin de m'économiser durant les corrections de mon nouveau roman, et ayant observé que je me dépensais parfois inutilement en gestes superflus et en paroles oiseuses, j'ai pris le parti de bouger peu, et de parler moins, piétinant ainsi les préjugés de ceux qui prétendent que je suis un hyperactif.
Concernant l'arrêt du tabac, des amis m'ont conseillé différents élixirs, mais vous comprendrez que je me méfie un peu depuis l'affaire du sang de veau mort né. Toutefois, les patchs, acuponcteurs, pâtes à mâcher, ablation de poumons sont nécessaires, tant Il est vrai qu'arrêter de fumer met l'esprit au supplice, et dans toutes les situations difficiles, nous savons que l'humeur se gâte, les indiens attachés au poteau de torture en savent quelque chose. Et les auteurs n'échappent pas à la règle. Bien sûr, pour un non fumeur de concours, cela parait facile, mais pour un grand fumeur, c'est l'impression de se trouver en équilibre précaire au bord d'un univers qui se désintègre.
Publié par nolhart à 13:51:15 dans Journal | Commentaires (4) | Permaliens
Il arrive un moment, où quand il rédige des chroniques à la suite depuis des
semaines, l'auteur consciencieux doit faire une sorte d'état des lieux, une vue
du ciel, organiser une parade des différents acteurs de ces billets afin que le
lecteur nouveau qui tomberait sur ce post par hasard, ne soit pas en reste.
Nous allons donc examiner où se trouvaient les différents protagonistes en ce
22 février à 9h.
- La pucelle courait nue dans un jardin public, rattrapée par le démon du sexe qui la tenait de nouveau dans une poigne de fer.
- Le chien de ma sœur comptait ses points retraite, en regrettant le temps où encore équipé d'une mâchoire solide, il pouvait attaquer avec la plus grande férocité le premier pied de table passant par là.
- le collecteur d'impôts était chez son banquier pour lui signifier tout son mécontentement de ne pas avoir réussi à défiscaliser une partie de ses revenus.
- Le cornichon écrivait des sms d'insultes aux auteurs qui ne voulaient pas signer chez lui, en grognant profondément.
- Le chat faisait mes mots croisés, forme d'exercice mental à laquelle il se livrait avec délectation une fois sa toilette terminée. Je dois confesser que c'est lui qui trouva, lundi dernier, la solution à mon 16 lettres " être concis".
- Le lecteur du début finissait un sandwich au concombre, en se grattant le nez, et lisait mes derniers billets en se disant que décidemment mes manières de traiter la littérature ne valait pas la plus petite tape amicale d'encouragement.
- Le lecteur nouveau était en train de chercher dans l'annuaire l'adresse des alcooliques anonymes pour me la faire parvenir.
- Et moi, je venais d'écrire le mot FIN à ce nouveau roman. Je dois dire que j'étais enclin à savourer l'aménité du moment en songeant à tous ces poètes et romanciers qui, une fois le mot fin écrit, étaient aller tranquillement siroter un verre à la terrasse du Flore sans se soucier des corrections, et je me dis alors, vers 9h04, que moi aussi j'avais le devoir d'aller respirer un bol d'air frais en me promenant de ci de là pour ne pas sentir le moisi, et cesser de ressembler à quelque chose qui sort de la poubelle du tombeau de Toutankhamon ou de je ne sais plus qui, avant de me remettre à la tache.
Publié par nolhart à 10:35:15 dans Journal | Commentaires (9) | Permaliens
A sarah.
Elle passait, laissait un mot toujours gentil, je faisais de même. Rien de plus, rien de moins.
Après avoir lu son journal sur son blog, je me suis mis à écrire, le post du 03 Février , en pensant un peu à elle : " Peut-on rire de tout?", et j'ai attendu son commentaire, avec un peu d'impatience et d'appréhension, je dois l'avouer ; il fut celui-ci :
"oui et oui... on peut rire de tout et encore plus d'elle (la mort)... Après tout, pourquoi toujours la saluer de larmes... Pfff oui
vous avez raison, rions en et si nous l'imaginions autrement qu'en
grande faucheuse ??? En nain loufoque, tiens... Une idée... Pourquoi
pas !! et surtout continuez à nous envoyer ces sourires sucrés ... SARAH"
et son dernier post du 16, prend une toute autre dimension par son recul et sa force, merci de la leçon Sarah.
"Je m'inquiétais sur le sort du chat : me voici, à la lecture des derniers posts, super
rassurée... Bon, il est vrai que j'ai juste une toute petite inquiétude
pour vous mais... : et si le chat était là non pas par hasard mais pour
faire partie des dernières pages de votre livre... Ah, vous n'aviez pas
compris son insistance ?? Vous savez, je parle "chat" très
régulièrement et si vous avez besoin d'une interprète, je reste à votre
service ; J'espère vous avoir apporté un peu d'aide dans la
compréhension du discours de ce malheureux matou .... veuillez croire,
Cher Monsieur, etc etc etc...
Doux week end à vous---SARAH"
Je n'aurais pas eu le temps de lui envoyer mon roman, elle nous a quitté avant. Soyez assuré Sarah, que dans mes dernières pages, je lui ferai plus de misères, je la rendrai plus drôle encore, en pensant à vous, en caressant le chat qui me regardera en me demandant "pourquoi elle?", mais je n'aurai personne pour traduire la question, ni la réponse.
Publié par nolhart à 17:52:43 dans Journal | Commentaires (6) | Permaliens
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